Manque de discipline ou mauvaise raison ?

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Il y a une différence entre faire quelque chose et faire quelque chose. Cette différence s’appelle la motivation. On peut faire quelque chose sans vraiment le vouloir et vouloir faire cette chose.

La différence se ressent d’abord dans notre corps. Quand on agit par conviction, on se sent léger. Mais quand on agit par obligation, on ressent vite une lourdeur physique qu’on pourrait, à tort, assimiler à de la paresse. Pourtant, manquer de motivation ce n’est pas être paresseuse, c’est simplement vouloir faire des choses qui ne nous convainquent pas réellement. Et ça, notre corps le ressent avant notre tête.

Prenons le recyclage, par exemple. Tout le monde recycle, mais pourquoi exactement ? Nos différentes motivations sont très intéressantes pour comprendre les processus de motivation, autrement dit pour comprendre pourquoi on persévère dans une action ou pourquoi on l’abandonne.

Exemple : Pourquoi est-ce que je recycle mes déchets ?

Je recycle parce que c’est obligatoire dans ma ville et que je risque une amende si je ne le fais pas. Cela signifie que j’agis sous une pression externe, pour éviter une conséquence. C’est une motivation qui vient entièrement de l’extérieur. Elle est réelle, mais elle est fragile. Je suis motivée tant que la menace est là.

Je recycle parce que je me sentirais coupable de ne pas le faire étant donné que tout le monde le fait : mes voisins recyclent, mes amis recyclent, mes collègues recyclent. Ça ne se fait pas de ne pas recycler… Dans ce cas, la pression n’est plus totalement externe, elle s’est déplacée à l’intérieur de moi car je me sens coupable de ne pas le faire. Je me mets donc une pression interne mais qui ne vient pas vraiment de moi mais plutôt de l’importance que j’accorde au regard des autres. C’est le fameux « il faudrait que je… » Cette petite voix qui nous pousse à faire des choses, mais sans vraiment nous convaincre…

Je recycle parce que j’ai compris que c’est important pour l’environnement et que j’ai librement décidé d’en faire une priorité. Ici, quelque chose a changé : j’ai une raison qui m’appartient. Je sais pourquoi je le fais et j’ai choisi de le faire. Pas à cause du regard des autres, mais parce que je suis convaincue que c’est important. Je peux donc le faire plus longtemps, même quand personne ne regarde ou questionne.

Je recycle parce que prendre soin de la planète fait partie de qui je suis. Ce n’est même plus une décision, c’est une évidence pour moi, un réflexe naturel. Je n’ai plus d’effort à fournir, je n’ai pas à négocier avec moi-même, je le fais tout simplement, aussi naturellement que je m’essuie les mains après les avoir lavées. Mon comportement reflète pleinement qui je suis.

    Pourquoi cette gradation dans les motivations change tout : parce que plus on se rapproche de cette quatrième raison, plus on de chances d’être constante dans nos actions et de moins s’épuiser à se convaincre soi-même de le faire.

    À l’inverse, quand notre motivation repose avant tout sur la pression sociale, la contrainte ou la culpabilité, elle est plus fragile. On persévère tant que la pression est là, mais dès qu’elle disparaît (par exemple s’il n’y a plus d’amende ou quand personne ne me regarde), on laisse tomber.

    On pense souvent à tort que quand on abandonne quelque chose, c’est parce qu’on n’était pas assez disciplinée. Mais en réalité, c’est parce que notre raison d’agir n’était pas vraiment la nôtre.

    Comment se rapprocher d’une motivation qui dure

    La première, et la plus importante question à se poser : Pourquoi est-ce que je veux vraiment faire ça ? Attention à ne pas donner la réponse publique officielle qui fait bien paraître mais qui reste superficielle. On dit qu’on fait de l’exercice parce que c’est bon pour la santé alors que c’est surtout parce qu’on a honte de notre corps. On dit qu’on travaille fort parce qu’on est passionnée alors que c’est surtout parce qu’on a peur de décevoir quelqu’un. On dit oui à des projets parce qu’on dit qu’ils sont très importants alors que c’est surtout parce qu’on ne sait pas dire non.

    La deuxième question : Est-ce que cette raison est vraiment la mienne ? Il y a un test simple pour répondre à cette question. Imaginez que personne ne sache jamais que vous faites cette chose. Pas les voisins, ni la famille ou les collègues. Est-ce que vous continueriez quand même à le faire ? Si la réponse est oui, vous êtes probablement proche d’une motivation qui vous appartient. Si la réponse est hésitante, c’est une information précieuse (aucun jugement).

    Ensuite vient le travail de réappropriation pour trouver une motivation qui vient de l’intérieur de nous. Par exemple, on veut aller de « je dois faire de l’exercice pour perdre du poids » à « je veux bouger parce que je veux être autonome le plus longtemps possible dans mes vieux jours. » Même comportement, mais motivation complètement différente. Et cette différence est ce qui change tout sur le long terme.

    Ce glissement dans nos motivations prend du temps et demande de l’introspection, de l’honnêteté avec soi-même, et parfois un peu de courage pour admettre qu’on a longtemps fait des choses pour les mauvaises raisons. Mais quand on y arrive, quand le comportement n’est plus une obligation mais une expression de qui on est et de ce qu’on veut vraiment, on n’a plus besoin de se convaincre de le faire. Ça devient aussi naturel que de respirer. Ce n’est plus une promesse qu’on se fait à soi-même. C’est une valeur qu’on exprime, chaque jour, dans nos actions.

    Réflexion à emporter

    Choisissez un comportement que vous essayez d’adopter en ce moment (une nouvelle habitude, un projet à avancer) et posez-vous cette question : Pourquoi est-ce que je fais ça ? Est-ce par peur d’une conséquence ? Par crainte du jugement des autres ? Pour une raison que je valorise personnellement ? Ou simplement parce que ça fait partie de moi ?

    La réponse vous donnera vos probabilités de persévérance et d’abandon.


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