Le complexe de Jonas

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Il y a une peur dont on ne parle presque jamais.

Pas la peur d’échouer. Tout le monde connaît celle-là. On en parle dans les livres de développement personnel, dans les podcasts, dans les conversations sérieuses du dimanche soir.

Non. L’autre peur. Celle qui se déguise si bien qu’on ne la reconnaît même pas quand elle est là.

La peur de réussir.

Je sais que ça semble absurde. Qui aurait peur de réussir ? Et pourtant.


La question qu’on n’ose pas se poser trop longuement

Est-ce que je me retiens d’avancer, pas parce que j’ai peur d’échouer, mais parce qu’une partie de moi sait que ça pourrait vraiment fonctionner ?

C’est inconfortable à lire parce qu’on connaît peut-être déjà la réponse.

Combien de fois avons-nous su que nous étions capables de faire quelque chose d’important mais nous ne l’avons pas fait ? Pas parce qu’il nous manquait des compétences. Pas parce que le moment n’était pas le bon. Mais parce que quelque chose en nous chuchotait tout bas : Et si ça fonctionnait vraiment ? Comment les autres vont me regarder après ça ?

On minimise ses réussites pour ne pas se démarquer. On préfère ne pas sortir du lot. On sait que notre succès pourrait déranger — et on préfère ne pas déranger. On reste dans un environnement qui nous limite, parce que cet environnement, au moins, on le connaît.

Et concrètement, ça ressemble à quoi ? On se cache derrière un perfectionnisme qui paralyse nos projets. On se dit « je ne suis pas encore prête » pendant des mois, parfois des années. On se sabote juste au moment où les choses commencent à bien aller. On s’occupe de mille choses secondaires pour ne pas toucher à l’essentiel.

Parce que grandir, et tout ce qui vient avec, nous fait peur.


Ce que Maslow a nommé

En 1954, le psychologue Abraham Maslow a observé quelque chose d’étrange chez ses patients : plusieurs d’entre eux sabotaient leurs propres succès. Ils s’arrêtaient juste avant la ligne d’arrivée. Ils minimisaient leurs réussites. Ils restaient dans des situations trop petites pour eux.

Il a appelé ça le complexe de Jonas en référence au personnage biblique qui fuyait sa propre mission plutôt que de l’accomplir.

Ce n’est pas de la paresse. Ce n’est pas un simple manque de confiance. C’est quelque chose de plus profond, et de plus humain : la peur de devenir ce qu’on est vraiment capable d’être. Parce qu’une fois qu’on l’a prouvé, on ne peut plus faire semblant de ne pas savoir.


Ce à quoi ça ressemble de l’intérieur

Le complexe de Jonas ne ressemble pas réellement à de la peur. Il ressemble à de la prudence. À du perfectionnisme. À une liste de conditions à remplir avant de commencer.

On remet le projet à plus tard parce que « ce n’est pas encore le bon moment ». On hésite à se montrer parce qu’on « n’est pas encore tout à fait prête ». Cette attitude peut à de la rigueur. Elle peut même ressembler à de la sagesse. C’est pour ça qu’elle est si difficile à détecter, et si difficile à nommer.

Moi-même, j’ai longtemps repoussé le lancement de mes ateliers d’accompagnement en développement personnel. Pas par manque de compétences. Pas par manque de temps. Mais par peur de sortir du lot. Par peur que ça marche et que je doive en faire plus et changer bien des choses dans ma vie.  

Reconnaître le complexe de Jonas en soi c’est peut-être l’occasion de mieux se comprendre et de commencer à avancer différemment face aux opportunités qui se présentent. Parce que renoncer à son potentiel pour ne pas déranger, pour ne pas décevoir, pour ne pas changer, ce n’est pas de la modestie. C’est une forme de trahison tranquille de son destin.


Réflexion à emporter

Pensez à quelque chose que vous repoussez depuis un moment. Posez-vous ces trois questions honnêtement, sans jugement, avec curiosité :

  • Est-ce que j’ai réellement peur d’échouer, ou j’ai peur que ça fonctionne ?
  • Qu’est-ce qui changerait dans ma vie si ça réussissait vraiment ?
  • Qu’est-ce que je perdrais et qu’est-ce que je suis prête à laisser aller ?

Alors, quelle est cette chose que vous savez déjà être capable de faire et que vous n’avez pas encore osé commencer ?


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